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Le Caire est un peu à limage de Karnak. La ville
est un joyeux capharnaüm de styles architecturaux, dépoques
et de peuples. Tout sy bouscule et donne à la
capitale égyptienne cette effervescence, ce dynamisme
qui étonne, captive et effraie tout à la fois.
Mais j'étais venu pour quelque chose de précis.
Comment
dire. Je me faisais une joie de découvrir enfin ces
pyramides, vues et revues, maintes fois décrites, chantées,
photographiées, décortiquées par une
foule d'illuminés, de savants et de scientifiques en
quête d'un petit coup de pub à défaut
de renommée. Elles sont là, enfin, devant moi
dans la lumière d'une fin d'après-midi légèrement
brumeuse. Je ne sais si c'est la fatigue d'une arrivée
matinale à l'aéroport du Caire, d'une nuit affreusement
courte à Louxor encombrée d'adieux à
mes compagnons de croisière ou de cette journée
passée dans le bruit et la poussière de la capitale
égyptienne.
Les pyramides sont là devant moi et je les trouve incroyablement
petites ! Assis sur un caillou, j'ai fermé les yeux,
raisonné la folle pagaille qui régnait dans
mon crâne, refoulé ma déception, fait
calmement le point. Je me suis répété
les chiffres appris par coeur : Chéops,
146 m de haut à l'origine (138 m actuellement), 230
m de côté, 2,3 millions de blocs de pierre environ,
poids moyen de chaque bloc 2,5 tonnes, le tout réparti
sur 201 niveaux. Les savants de l'expédition d'Egypte
ont calculé qu'en mettant bout à bout tous les
blocs des trois pyramides on pouvait entourer la France d'une
muraille de trois mètres de hauteur. Bon. Ici, il ne
pleut pas trop donc rien ne peut vraiment rétrécir.
Bien, attention, je rouvre les yeux. Ouf ! Ça marche.
Les revoilà mes belles, Chéops, Chéphren
et Mykérinos, massives, certes, mais élancées,
portant fièrement cette élégance, cette
nonchalance acquise au fil des siècles. En contre bas
des pyramides de gizeh trone le Sphinks. Aux pieds du Sphinx
sculpté à leffigie du pharaon Chéphren
se cachent les ruines dun temple datant du IIIème
millénaire avant Jésus-Christ et restauré
par Touthmosis IV.
Un
gardien qui passe par là me conseille tout simplement
de visiter le Musée Egyptien du Caire. " Là,
me dit il, vous aurez toutes les richesses d'Egypte et bien
plus encore ". Des richesses de l'Egypte, le musée
en regorge, en déborde même. L'or de Toutankhamon
est là, bien évidemment, accompagné de
son fan club habituel. Les momies sont légions, les
statues innombrables, les sarcophages multiples. La tête
tourne de tant de merveilles accumulées. Commencée
en 1858 par Auguste Mariette, enrichie et agrandie par Gaston
Maspero et ses successeurs, la collection du musée
compterait près d'un demi million de pièces.
120.000 seulement sont exposées ! Alors, comme lors
de mes visites des sites, j'ai préféré
déambuler au hasard des couloirs et des vitrines, fuir
les guides trop doctes et marcher au coup de foudre, à
l'émotion. J'en suis sorti épuisé mais
heureux. J'y retourne demain.
Un
moment de détente pour finir la journée je me
rend donc dans un café mais pas n'importe lequel :
le café El Fichaoui.
Les bancs en bois sculptés, tapissés, les chaises
décorées sétalent dans lallée
du souk des touristes, passage obligé des marchands
ambulants, des enfants au sourire dange porteurs de
plateaux de pain ronds. Tout le monde fait son marché
ici, en restant assis. Le vendeur de maroquinerie fait sa
démonstration de qualité, il brûle son
cuir qui ne sabîme pas. Cireurs de chaussures,
marchands ambulants proposent artisanat, colliers, mouchoirs
en papier, briquets
Véritable spectacle au décor
de glace, les portes sont sculptées de bois, les assises
en fer forgé portent des plateaux en laiton. Un gros
crocodile en bois vous regarde, collé au plafond, en
compagnie dimposants lampadaires de verre.
Un temps infime sécoule avant que quelquun
ne vous approche : des enfants, des hommes, des jeunes ou
cette canadienne égyptienne. Elle vit ici depuis quinze
ans. Elle sest rendue à Paris il y a cinq ans,
elle
a trouvé les Français très chaleureux.
Elle reproche aussi aux gens dici leur convivialité
trop démonstrative, cela peut déranger les étrangers.
Une européenne remplit son carnet de voyages, elle
dessine ces scènes insolites. Les heures défilent.
Tout se passe. On se prend daffection pour un chat qui
supplie vos caresses, on discute avec ses voisins, les gens
se photographient sans se connaître au son des conversations,
des rires. Vous aurez peut-être la chance que de jeunes
groupes dadolescents cairois branchés sassoient.
Alors bruits, rires, tambour, bonne humeur sautent dun
groupe à lautre. Eternellement branché
le café Fichaoui attire du monde. Perdu dans le souk
à touristes, ils restent des heures pour se ressourcer,
seul ou en groupe, à fumer le narguilé.
Concentré du Caire dans lequel vous sirotez un jus
de goyave ou de carcadet
les sept coups sonnent sans
avoir senti laprès-midi défilé.
Mais le temps ne compte pas. Nous
sommes là, assis devant notre braise de narguilé,
émerveillé devant cette scène remplie
de personnages dissolus, tendant notre verre pour recevoir
ce breuvage sacré : « dayman » (puisse
votre hospitalité se perpétuer). Pour toute
réponse, « damit Hayaatik » (puisse ta
vie se perpétuer). Le thé, ce liquide sucré,
couleur de miel, doré, amer, doux, chaud, servi toujours
avec manière et sensualité ; servi dans de petites
théières rouges, ornées de fleurs minuscules.
Chaque soir, à 18 heures , les lumières sallument,
pour laisser place à une ambiance de nuit pleine de
rires et de bonne humeur.
Un tourbillon.
Naguib Marfouss, qui fut prix nobel en 98, sy rendait
pour écrire . Il sest intéressé
aux quartiers populaires à travers ses romans, dont
ses plus célèbres, le trio.
Billet avion
Le Caire - Météo
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