Plus de 6.600 km séparent ces montagnes de la Méditerranée,
6.600 km entrecoupés de sept cataractes et d'un immense
marais, le Sadd, ogre aquatique grand avaleur d'expéditions.
Egyptiens, Grecs, Romains, savants de Bonaparte tous ont
essayé de remonter aux sources du Nil, de comprendre
comment un fleuve aussi puissant pouvait naître d'un désert
aussi aride.
Le
bateau a largué les amarres tôt ce matin. L'aube pointait
à peine mais pour rien au monde je n'aurais voulu manquer ce moment.
La petite balade en felouque des jours précédents n'avait
fait qu'exacerber mes rêves d'aventure. Naviguer sur le Nil enfin
! Dans ma tête se bousculaient les noms de Burton, Speke, Livingstone
et Stanley. Je m'imaginais en leur compagnie bravant les tribus hostiles
des hauts plateaux abyssins et les bêtes sauvages des savanes ougandaises,
voguant sur le lac Victoria et affrontant les rapides du désert
soudanais à la recherche des sources insaisissables du fleuve.
Le mystère ne tombera qu'en 1888 lorsque Morton Stanley aperçoit
pour la première fois les monts du Ruwenzori, ces fameux monts
de la Lune intuitivement devinés par le géographe grec Ptolémée
1.500 ans auparavant !
Plus
de 6.600 km séparent ces montagnes de la Méditerranée,
6.600 km entrecoupés de sept cataractes et d'un immense marais,
le Sadd, ogre aquatique grand avaleur d'expéditions. Egyptiens,
Grecs, Romains, savants de Bonaparte tous ont essayé de remonter
aux sources, de comprendre comment un fleuve aussi puissant pouvait naître
d'un désert aussi aride. Tous ont échoué. Alors,
puisque l'eau et les crues venaient mystérieusement du sud et que
la première cataracte interdisait toute remontée du fleuve,
les Egyptiens décidèrent d'y faire commencer la vie.
Pour
moi commence la croisière. Point d'aventure au programme, juste
une promenade initiatique sur un fleuve trempé d'histoire. Direction
Louxor et le Caire. Dans le sens sacré des Egyptiens, c'est-à-dire
du Sud au Nord, de la limite du monde source de vie, au delta nourricier
fief des pharaons. Le bateau glisse doucement porté par le courant.
Le paysage est splendide. Les eaux sombres du Nil ont des reflets bleus
empruntés à la couleur du ciel. Sur les berges, prairies,
cultures et palmiers dattiers abusent de la gamme des verts. A la limite
du désert, ocre et immense, des maisons de couleurs vives se détachent
parfaitement dans le ciel limpide.
Ca
et là, des barques de pêche, des felouques de transport et
des gamins qui répondent en riant aux signes des passagers. Malgré
l'heure matinale, l'oasis bruisse déjà de mille activités.
Pompes modernes et chadoufs, antiques puits à balancier, fonctionnent
à plein. Maintenant que les crues n'existent plus, le fellah irrigue
en permanence. Jadis, la vie du paysan égyptien était rythmée
par les caprices du fleuve. De juillet à novembre, la période
des crues (akhet) inondait leurs champs, parfois leurs villages. Venait
ensuite le peret, le moment où l'eau commençait à
se retirer. Il fallait alors labourer, semer, monter les digues pour retenir
l'eau. Si tout se passait bien la récolte commençait en
avril au début de la période de sécheresse (shemou).
Une fois la récolte terminée et le grain rentré,
il fallait remonter les maisons, ouvrir les digues et attendre la prochaine
crue.
Accoudé
au bastingage du navire, je me dis que la vie sur les bords du Nil ne
semble pas avoir beaucoup changée depuis l'époque des pharaons.
Anes, chevaux et dromadaires sont plus nombreux que les tracteurs et le
fellah va toujours courbé sur son araire en bois. Facteur de vie,
le Nil reste aussi l'axe principal de communication du pays. Les pyramides
existent depuis plus de mille ans lorsque les Egyptiens découvrent
toutes les possibilités offertes par la roue. Auparavant, il leur
était plus facile de creuser un canal que de tracer une route et
de construire des bateaux plutôt que des charrettes. Les barques
chargées de pierres accostaient aux pieds des chantiers et rien
ne semblait impossible à transporter. Les deux obélisques
de la reine Hatchepsout pesant chacun quelque 372 tonnes furent ainsi
acheminés d'Assouan à Karnak sur des embarcations en bois
d'à peine 50cm de tirant d'eau ! Dans la mythologie égyptienne,
Rê, le dieu soleil, traverse chaque jour le ciel à bord de
la mandjet, sa barque de jour, et la mésektet, sa barque de nuit.
L'âme des pharaons elle-même ne pouvait accéder à
l'immortalité qu'en empruntant une barque solaire dont un exemplaire
a été remonté aux pieds de la pyramide de Chéops.
Ma journée s'écoule ainsi à bord de mon embarcation
de fer et d'acier, la tête pleine de récits incroyables,
de chiffres fous et d'interrogations. " Un voyage en Orient est un
grand acte de la vie intérieure dans la patrie de l'imagination
" disait Lamartine. Assis en tailleur sur son siège, le capitaine
me reçoit.
Cela
fait plus de dix ans qu'il arpente ainsi le Nil du sud au nord et du nord
au sud. Sans se lasser. Sur un signe, un de ses assistants me tend une
brochure de voyage anglaise qui a connu des jours meilleurs. Elle date
de 1969 et consacre un long reportage au centenaire des croisières
touristiques sur le Nil, croisières inventées par un certain
Thomas Cook. C'était en 1869, sur des bateaux à vapeur !
Quelle imagination là aussi et surtout quelle intuition ! Le circuit
n'a guère évolué depuis. Entre Assouan et Louxor,
le Nil déroule 200 km de paysages sublimes et de temples fameux.
Découvertes de deux nouvelles tombes à Saqqarah. Deux tombes creusées dans le roc peint estimées comme les plus importantes jamais trouvées de la periode de l'Ancien Empire ont été découvertes début juillet 2010 dans la nécropole de Saqqara