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Quatre
jours déjà que je suis en Egypte. Pourquoi le temps passe-t-il
si vite au pays de l'immortalité ? Ce matin, nous avons fait un
saut au temple de Khnoum, à Esna. Certes, le site n'est pas immense
mais la visite de cette salle hypostyle intacte sauvée des outrages
du temps et des hommes par les accumulations de limon s'avère pleine
de charme. Les vingt-quatre colonnes qui supportent le toit sont toutes
différentes dans leurs formes et leurs décorations. L'endroit
ressemble étrangement à une forêt pétrifiée
dont les frondaisons abriteraient encore une faune et une flore mystérieuses.
Mais bon, Louxor attendait et, de l'avis du guide, il ne fallait pas traîner
si nous voulions avoir une bonne place sur les quais.
Le
calcul se révèlera habile et quelques heures
plus tard, le bateau s'amarrait à la corniche en face
du Musée d'art égyptien ancien. Un petit bijou,
ce musée. Sa visite est un préalable incontournable
à celle des temples alentours. Les statues sont parfaitement
éclairées, semblent sortir de la nuit des temps,
permettent d'imaginer la richesse des temples. La statuaire
égyptienne atteint ici sa perfection, passant du classicisme
froid, impersonnel et intemporel du Moyen Empire à
l'expressionnisme du Nouvel Empire où, sous Aménophis
IV, les statues prennent enfin vie, caractère et humanité.
Louxor ou Karnak, Karnak ou Louxor, dans quel ordre effectuer
les visites ? Le dilemme sera vite réglé.
Louxor
est plus proche du bateau, plus petit et comme le jour déjà
décline, je choisis de commencer par ce site. Elevé
sous Aménophis III (XIVe siècle av. J.- C.)
et Ramsès II (XIIIe siècle av. J.- C.), le temple
de Louxor ne servait
en fait qu'une fois l'an lorsque les statues des dieux thébains
étaient sorties du temple d'Amon à Karnak
pour célébrer Opet, la fête du Nouvel
An. Le cortège empruntait alors le dromos, voie triomphale
longue de 2,5 km bordée dit-on de 700 sphinx à
tête humaine, aujourd'hui en grande partie enfoui sous
la ville nouvelle. Le dromos réapparaît juste
à temps pour accueillir les visiteurs à l'entrée
du site et les accompagner aux pieds de l'impressionnant pylône
de Ramsès II gardé par trois colosses du pharaon.
L'obélisque
parisien doit se sentir vraiment seul depuis qu'il sait que
jamais il ne rejoindra son alter ego Egyptien. En 1980, la
France a en effet renoncé à ce cadeau offert
par Mohammed Ali en
1831, mais il est toujours là
!
La vaste cour de Ramsès II est dominée par le
minaret de la mosquée Abou el-Haggag. Illusion d'optique,
mirage de l'histoire, puissance de la foi, je ne sais, mais
la mosquée apparaît comme suspendue dans les
airs portée par les colonnes millénaires en
forme de papyrus. Partout sur les murs, des scènes
racontent le déroulement de la fête d'Opet, la
procession des barques solaires, le rituel compliqué
et fastueux lié à cette cérémonie,
unique moment de l'année où le peuple pouvait
voir les statues des trois dieux thébains Amon, Mout
et Montou. Inconsciemment, mes pas se font lourds et durs
sur les pierres et je réalise soudain pourquoi. En
1989, une mission archéologique américaine venue
sonder les fondations dans la cour d'Aménophis III
y avait découvert une cache souterraine renfermant
vingt statues extraordinaires. J'espérais renouveler
l'exploit en tapant du pied, rêvais d'un son clair annonciateur
de salles secrètes et de trésors enfouis qui,
soudain, jailliraient du sol. Ridicule, je l'avoue, mais comment
s'en empêcher ?
Combien de découvertes extraordinaires ont été
le fruit du hasard ? Dans l'oasis de Baharîya, un âne
se prend une patte dans un trou et des centaines de momies
apparaissent. Dans la vallée
des rois, un ouvrier balaie des gravats et les marches
du tombeau de Toutankhamon surgissent de l'oubli. L'espoir
est fou et le jeu enivrant. La salle de la naissance d'Aménophis
III balaie ces rêves puérils. Sur les murs se
dévoile l'alchimie secrète qui préside
à la naissance des pharaons. Une pléiade de
dieux est sollicitée. Amon,
Thot, Thouéris,
Bès et Hathor
sont de la partie mais Khnoum
est au centre de tout. C'est lui qui, sur son tour de potier,
façonne le futur pharaon. De l'argile, encore et toujours.
La
nuit est tombée dévoilant un autre site. Le
jeu des éclairages a changé les perspectives,
dévoilé des détails passés inaperçus.
La métamorphose est surprenante. Une nouvelle visite
s'impose. De retour au bateau, les discussions sont bien loin
du panthéon égyptien. Je suis passé par
le souk et comme tout le monde j'ai succombé à
la tentation. Je suis tout fier de mes sachets d'épices
et de mes coupelles en verre soufflé, le tout négocié
bien sûr au mieux après moult palabres et force
stratagèmes. Cruelle désillusion. " Combien
? ", " Tu es fou ! moi je les ai eues pour beaucoup
moins ! ", " Tu t'es encore fait avoir ! ",
" Ah mon pauvre, la prochaine fois vient avec moi "
ne sont que quelques exemples de ces échanges culturels
de haute volée qui occuperont l'essentiel de mes nuits
thébaines. Mais quelle rigolade. L'âme humaine
est littéralement mise à nue en ces instants
cruciaux. Il y a ceux qui frisent l'apoplexie d'avoir payé
plus cher que les autres, les sadiques qui en remettent une
couche genre " et en plus c'est du toc ", les champions
qui ont tout acheté " moins cher que gratuit ",
les prévoyants qui en profitent pour acheter les cadeaux
du Noël prochain, les résignés qui de toute
façon savent qu'ils vont se faire rouler et les indifférents
qui agacent toute le monde en rappelant que cette vaine agitation
ne représente au final que quelques centimes d'euros.
Des liens se tissent, des équipes se forment : "
demain, ah demain, il va voir ce qu'il va voir ce marchand
". La compétition est lancée.
Une
compétition bien plus sérieuse s'est déroulée
durant plus de deux mille ans sur le site de Karnak.
Ici se sont affrontés les plus grands pharaons bâtisseurs.
Les temples de Monthou
au Nord, d'Amon au
centre et de Mout
au Sud forment un véritable dédale historique
et archéologique.
Où aller, qu'ai-je manqué, que dois-je voir
en priorité ? Il me faudrait des jours entiers pour
explorer chaque recoin, visiter le temple de Ptah et rencontrer
la déesse Sekhmet à tête de lionne, son
épouse, parcourir les pierres éparses du musée
en plein air, faire le tour du lac sacré et tenter
dy dénicher le dernier crocodile, de sauter à
pieds joints tout autour de lobélisque brisé
dHatchepsout afin de trouver une nouvelle cache aux
milliers de statuettes, courir jusqu'au temple de Khonsou
pour admirer les beaux reliefs de la salle dédiée
aux barques sacrées. Heureusement, je n'aurai pas à
tourner, comme le veut la tradition, autour du scarabée
d'Aménophis III. C'est toujours ça de gagné.
Je suis déjà marié (trois tours), j'ai
plein d'enfants (sept tours) et de la chance (un tour). La
preuve : je suis en Egypte !
Billet
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Louxor - Voyage Louxor
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