
Abou Simbel, Alexandrie, Assouan, Edfou, Gizeh, El Gouna, Hurghada, Kom Ombo, Le Caire, Louxor, Port Saïd, Saqqara, Sharm el-Sheikh, Thèbe


Les pyramides ont longtemps fait rêver.
A Gizeh, quand on regarde les pyramides,, tout est affaire de distance. De trop près,
la perspective est écrasée. De trop loin, ce
n'est pas ça non plus. Alors, j'ai beaucoup marché,
fait du stop, loué un dromadaire, affrété
un taxi pour trouver la plus belle vue. Sans surprise, j'en
conviens, l'endroit idéal reste celui connu de tous
les chameliers du cru. Là-bas vers le sud, cet affleurement
rocheux légèrement surélevé est
inoubliable en fin de journée lorsque la lumière
rasante se prend dans la poussière des méharées
touristiques. Jadis, chaque pyramide était recouverte
de plaques de calcaire qui, en reflétant le soleil,
dissimulaient aux yeux des pillards l'entrée de l'édifice.
Au sommet, un pyramidion en or devait briller de mille feux.
Tout
cela a disparu. Pilleurs et maçons se sont servis transformant
la grande nécropole
de Gizeh en vaste carrière de pierres. Seules demeurent
les pyramides, grandes et petites. Dromos, mastabas, temples
funéraires et autres palais ont été arasés.
L'opiniâtreté des archéologues a néanmoins
fait des miracles. En 1954, deux grandes fosses parfaitement
dissimulées livrent chacune une barque solaire sous
la forme d'un astucieux puzzle géant de 1 224 pièces.
Celle exposée au pied de la pyramide de Chéops
aura nécessité dix ans de travail et de réflexion.
Bien des mystères planent encore sur le plateau de
Gizeh. Découvrira t-on jamais la fameuse chambre secrète
de la grande pyramide ? Percera t-on jamais l'énigme
du Sphinx, sa signification
? Sous les interrogations, le sable et sous le sable
mystère !
Du sable, il en est aussi question à Saqqarah,
l'autre grande nécropole de la région, celle
de Memphis, première capitale d'une Egypte réunifiée.
De Memphis, il ne reste rien hormis deux colosses de Ramsès
II, un sphinx d'albâtre et une gigantesque palmeraie
connue pour la douceur de ses dattes. En revanche, à
la lisière du désert, sur le plateau aride et
désolé qui domine la vallée fertile,
s'élève l'ancêtre des pyramides d'Egypte.
Elevée par l'architecte Imhotep, chancelier du pharaon
Djéser, en l'An 2 800 avant Jésus-Christ, cette
pyramide à degrés serait le plus vieil édifice
en pierre de taille de l'humanité. Ni plus ni moins.
Là aussi, le temps, les hommes et le sable ont nivelé
le site. Là aussi, les archéologues ont fait
des miracles, creusant, sondant sans cesse, mettant chaque
fois à jour de nouveaux trésors. En 1851, Auguste
Mariette découvre le Serapeum, sépulture souterraine
dédiée au dieu Apis.
Vingt-huit
momies de taureaux sont exhumées. Dans les années
1990, Alain Zivie accède à la fabuleuse nécropole
des chats riche de milliers de momies de félins plusieurs
fois millénaires. Entre-temps, Jean-Philippe Lauer
aura consacré toute une vie à ce site unique,
redressant ici les colonnes fasciculées de la salle
hypostyle, trouvant là la plus ancienne statue égyptienne
de taille réelle - celle du roi Djéser -, dégageant
ailleurs des bas-reliefs de toute beauté. Et ce n'est
là que le début. Le site s'allonge sur plus
de 8 km et comprend les pyramides de Pépi 1er, Pépi
II, Téti et Mérenrê.
Ali,
mon chauffeur de taxi, a le sourire des bons jours. Je viens
de lui annoncer que nous partions pour Dahshûr, une
quinzaine de kilomètres de plus à mettre à
son compteur qui en affiche déjà pas mal. Ce
site, zone militaire pendant des années, a été
ouvert au public en 1996. Peu de gens le savent encore, ce
qui rend la visite bien agréable. Sur les cinq pyramides
posées en plein désert, deux ont été
commandées par Snéfrou, premier pharaon de la
IVème dynastie. La première est rhomboïdale,
l'autre rouge. Les spécialistes estiment qu'il s'agit
là des premières vraies pyramides, l'étape
intermédiaire entre Djéser
et Chéops.
La forme rhomboïdale de la première pyramide,
qui a par ailleurs gardé l'essentiel de son revêtement
de calcaire poli, est due à l'angle d'inclinaison qui
passe subitement de 54° à 43° vers la moitié
de l'édifice. Problème architectonique, volonté
délibérée du pharaon
nul ne sait
mais, en tout cas, l'effet est saisissant.
En
reculant un peu, cette cassure dans la pente est bien visible
d'autant que, dans le lointain, la forme harmonieuse et parfaite
de la pyramide rouge rappelle les canons de beauté
qui présideront désormais à la construction
de celle de Chéops. Je profite du peu d'affluence pour
me risquer à l'intérieur de la seconde pyramide
de Snéfrou. Après avoir grimpé une bonne
centaine de marches en plein soleil, je tombe sur le gardien
qui m'indique le chemin à suivre. Des marches encore
mais qui descendent. Le gardien, lui, s'en retourne tranquillement
à l'extérieur me laissant seul face à
un trou noir. La première ampoule n'apparaît
que bien plus tard et bien plus bas quasiment au niveau de
la première salle. Des voix et une lueur falote me
montrent la voie. Un autre gardien est là, bien content
de me voir et de me raconter tout ce qu'il sait sur cette
chapelle funéraire qui, semble t-il, n'abrita jamais
la dépouille royale.

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