|
Voilà
pourquoi l'aube se lève aujourd'hui pour nous sur les
trois pyramides de Giseh. Pour nous et pour quelques fellahs
disposés à nous laisser gravir Chéops
moyennant bakchich. Qui pourrait résister à
la tentation, malgré le risque et l'interdit? A cet
unique moment du jour, où tout semble possible,l'occasion
est trop belle. L'émotion et l'effort font battre le
coeur. L'air limpide résonne comme un cristal. Une
brume légère monte des palmeraies, et de la
ville lointaine. Tout en bas les fenêtres de l'Hôtel
Oberoï accrochent un soleil rose qui escalade le ciel.
Le plus célèbre golf du monde est à nos
pieds. C'est de ce sommet de pierre, gravé de noms
célèbres, qu'on jouait autrefois la première
balle...
Mais le désert s'embrase. Une rumeur se précise.
Il faut revenir au présent. La vie reprend ses droits.
Ahmed, ce chauffeur découvert par hasard, astucieux
et sympathique, ne perd pas de temps. Avant que la circulation
ne deviennent impossible, il nous emmène à Saqqarah
où nous attend Alain Zivie, jeune chercheur du CNRS,inventeur
de la tombe du grand vizir Aper-El,de la XVIIIè dynastie.Il
a découvert toute une nécropole de chats momifiéés,et
un peu plus tard,une tête de femme en bois peint de
couleurs vives,très belle, rarissime. Et, tout récemment
la tombe de la nourrice de Thoutenkamon. Saqqarah,c'est, en
bordure du désert lybique, sur un plateau brûlant,
une immense ville des morts, domaine du sable et du soleil
où se dresse la plus ancienne pyramide, celle du pharaon
Djeser, premier monument funéraire construit en pierre
par le génial architecte Imhotep. Là se situe
le Serapeum, mis au jour par Mariette. Tombes, mastabas, fresques
admirables, il faut des heures pour visiter Saqqarah. Pas
mal de découvertes sont en permanence fermées
au public. Malgré chaleur et fatigue, ne pas abandonner:le
bakchich fait souvent office de sésame. Et se fier
plus à un bon ouvrage écrit sur le sujet, qu'aux
guides de hasard, qui, moins soucieux de votre culture que
de gagner sur vos achats, abrègeront votre visite.
Le grand égyptologue français J.PH Lauer à
qui l'on doit la reconstitution du complexe du roi Djeser(il
y travaille depuis plus de 6O ans)vient de faire une toute
nouvelle découverte: deux pyramides de plus de 4OOO
ans, enfouies dans le sable, de quinze mètres de haut,
qui auraient été dédiées à
la famille de Pepi Ier(6è dynastie). Bref,une visite
à Saqqarah se prépare. Un coup d'oeil ému
au colosse Ramses II couché dans l'herbe, et nous voici,
à deux pas de là ,au rendez-vous du Dr Ragab,à
l'île Jacob. Cette île est devenu la réserve
de papyrus d' Egypte grâce à cet homme tenace
qui a refusé de voir disparaître la plante
de son pays. Voici 25 ans,il ne restait plus qu'un pied, offert
au Caire par...le jardin des plantes de Paris! Et la souche
provenait de Syracuse! Dans cette réserve,le Dr.Ragab
a eu l'idée de créer une sorte de musée
vivant à travers un village pharaonique, tableau de
la vie d'il y a 5OOO ans,avec ses fellahs, ses outils primitifs,
ses ruchers et ses pigeonniers chaulés, si particuliers,
et qui demeurent encore la tradition. Et toute sa mythologie.
Toute cette paysannerie, nous la retrouverons aux environs
du lac Karoum,vers le Fayoum, séduisante oasis au milieu
des sables, assez à l'écart du tourisme traditionnel.
La route qui y mène traverse le désert.Le khamesin
s'est levé, charriant une poussière impalpable
qui efface la piste et s'infiltre partout.
Derrière
nous les pyramides s'imbriquent en une seule masse géométrique
posée au bord du ciel. Un univers de cailloux. Personne.
Rien que le vide pendant d'interminables kilomètres.
Et tout au loin, un mirage. Mais un mirage qui se rapproche!
des arbres,de l'eau courante,une campagne verte, du "bersim"(c'est
le trèfle)à l'infini. Des fillettes rieuses
à la fontaine. Un véritable paradis! On moissonne.
C'est à la faucille. On bat le blé au
fléau, et on le lance au vent qui séparera la
paille du grain. Le buffle aveuglé tourne dans la noria.
Rien n'a changé ici. Insolite, surprenant,s'étale
le lac Qaroun,qui ressemble à une mer grise et écumeuse,
et lance des embruns salés sous les assauts du vent.
Les enfants sur la grève, ramassent de minuscules coquillages
dont ils feront des colliers. Les barques vivement colorées
s'entrechoquent à la chaîne. Ce lac est peu profond-
4 à 5 mètres, pas plus- et de l'autre côté
se situent les ruines de Dimeh. Une petite auberge -où
l'on mange bien- organise la traversée. Retour au Nil
par Beni Suef, Sennouris, joli village perché sur une
colline, et El-Fayoum, ville grouillante, encombrée
de charrette, d'ânes, et de voitures, très charmante
malgré toute sa poussière. Le musée vaut
qu'on s'y arrête.Dans les environs proches, quelques
pyramides difficiles à visiter: la pyramide d'Amenemhat
III. de Sesostris II, de Meidoum. Dans les villages de superbes
pigeonniers hérissés de perchoirs, ressemblant
aux pylônes des temples. Ce sont "les châteaux
de pigeons" ces oiseaux "qui dévorent l'Egypte
et n'appartiennent à personne" écrivait
un voyageur en I869...
Des
garçonnets ramènent leurs troupeaux de gamouses
abandonnés des pique-boeufs, tandisque le soir descend
avec une grande douceur. Longeant le NIl au petit matin, c'est
toute une vie familière que nous surprenons: les villages
se succèdent,reflétés dans l'eau où
déjà lavent les femmes la vaisselle et le linge.
Plus haut, c'est un homme qui étrille son cheval,brosse
à la main et tous deux immergés jusqu'au cou.
Plus loin encore, c'est une charogne gonflée qui dérive
au fil du courant. La route est surchargée de camions,de
charrettes,de transports brinquebalants . Chacun va au travail,
les hommes aux champs, les enfants à l'école...
Les fellahs tirent l'eau à l'aide de la sakieh et du
chadouf. Sous des abris de paille on se désaltère
aux cruches municipales, remplies tous les matins d'eau fraîche.
Traversant le Nil à Mallaoui par le bac, on peut voir
l'étendue désertique qui fut la merveilleuse
Tell al Armana, construite par Akhénaton, époux
de Nefertiti,instigateur de la religion du dieu unique et
solaire Aton. Non loin se trouve les carrières d'albâtre.
Ici,la vallée se rétrécit entre les montagnes,
et le soleil sombre vite dans un paysage or et rose, vert
sombre et violet. "La sécheresse absolue de l'atmosphère
produit des tons d'une couleur et d'une délicatesse
sans pareille; les matinées et les soirées sont
ravissantes" écrivait Renan.
A
Assiout commence la Haute-Egypte. Grande ville universitaire,
Assiout était le point d'arrivée des caravanes
venues du Soudan apporter les les épices,les ivoires,les
parfums et les plumes d'autruches. Elle reste un marché
et un centre artisanal très vivant. C'est ici, dans
la tombe de Nesehti, gouverneur militaire,qu'on découvrit
quantitéé de petites figurines de bois représentant
les compagnies d'infanteries lourdes et légères,
armées de pied en cap, qu'on peut admirer au musée
du Caire. 335km nous séparent de Louxor. Nous découvrons
Abydos,le temple de Sethy Ier, aux admirables fresques; Denderah,
dédié à Hathor déesse de l'amour.
Nous jouons aux dominos avec le patron du petit café
en buvant des cocas. Nous rions de voir les enfants tous nus
et luisants plonger et s'ébattre dans le Nil. Louxor
est superbe . On y rêve et on y flâne. L'artisanat
traditionnel est séduisant. Le vieil hôtel "OldWinter"
a conservé un peu de son charme britannique. Après
le son et lumière de Karnak, nous retrouvons l'équipe
franaise qui, sous la houlette de J-C Golvin, travaille
au IXè pylône, dont on sait qu'il était
constitué de "talata", blocs de réemploi,
provenant des constructions du pharaon réformateur
Akhenaton. Un travail passionnant et considérable dont
le superbe petit musée de Louxor donne un bon aperçu.
Tandisque la foule s'empile à l'entrée de la
tombe de Toutenkhamon où ne reste plus grand chose
à voir, nous nous glissons dans les plus secrètes:
Sethi Ier, Amenophis II, Tomosis III, sobres et superbes.
Mais nous reviendront sur cette rive des morts plusieurs jours
de suite, tant sont belles et émouvantes les diverses
expressions de cette éternité. Du haut de la
montagne thébaine, le paysage s'étend, immense,
jusqu"au Nil verdoyant. En contrebas, le Deir-el-Bahari,
temple créé par Senmout pour la reine Hatchepsout.
Intégréé
à la falaise, il est d'une harmonie parfaite. Assis
en compagnie de Souhad sur le pas de la porte de sa demeure
nous contemplons le soir qui tombe. Nous sommes à Nagada,
village copte, habité par des menuisiers et des tisserands.
Notre hôte ressemble à Joseph et sa femme à
Marie. Une atmosphère très biblique se dégage
de cette pièce calme, où trône l'établi,
sous l'image de la Sainte Famille, tandisque ronronne le métier
qui tisse de larges bandes de soie rose, noire et jaune d'or,
souples et brillantes destinées au Soudan. Plus tard
ce sera Assouan. Et son fort beau petit musée des antiquités
nubiennes. Avec Farouk nous visiterons les îles, dont
l'Elephantine où nous prendrons le thé
dans sa famille. Le soir,après l'exquise balade en
felouque, tandisque que le rose vibrant envahit peu à
peu le ciel et tourne à la nuit noire, nous partagerons
la fête locale et les falafels. Puis ce sera Abou Simbel,
d'un coup d'aile, et ses deux temples inoubliables, bouleversants
dans cet immense désert, où ,plus bas s'étale
le lac Nasser, immense retenue d'eau douce qu'entoure le désert:
pas un arbre, pas un village,pas une miette de végétation,
on se demande pourquoi...Dorment ici, au fond de l'eau, trente
trois villages nubiens, dont les hommes autrefois pasteurs
paisibles et heureux sont aujourd'hui serveurs dans les hôtels
un peu partout. Il faut absolument s'arranger pour passer
au moins une nuit à Abou Simbel. L'avion qui emmène
et ramène sa fournée de touristes toutes les
deux heures vous accorde très peu de temps. Tout se
fait au pas de course, et c'est insupportable. Nous restons
loin derrière les autres afin de voir ces temples dans
leur totale solitude,dorés par la lumière. Quelquechose
d'indicible.
Chantal de Rosamel
Billet avion
Egypte - Météo
Egypte - Voyage Egypte
- Croisière Egypte
- Hôtel Egypte
|