Egypte en camping-car

Vacances Egypte en camping-car

L’Egypte est à surprendre au petit matin, encore endormie, dorée, silencieuse, émouvante. Le jour levé, il sera trop tard. Elle aura perdu sa magie dans la cohue des cars de tourisme et de tout ce qui, inévitablement les accompagne, les précède et les suit…

Voilà pourquoi l’aube se lève aujourd’hui pour nous sur les trois pyramides de Gizeh. Pour nous et pour quelques fellahs disposés à nous laisser gravir Chéops moyennant bakchich. Qui pourrait résister à la tentation, malgré le risque et l’interdit ? A cet unique moment du jour, où tout semble possible, l’occasion est trop belle. L’émotion et l’effort font battre le coeur. L’air limpide résonne comme un cristal. Une brume légère monte des palmeraies, et de la ville lointaine. Tout en bas les fenêtres de l’Hôtel Oberoï accrochent un soleil rose qui escalade le ciel. Le plus célèbre golf du monde est à nos pieds. C’est de ce sommet de pierre, gravé de noms célèbres, qu’on jouait autrefois la première balle…

Mais le désert s’embrase. Une rumeur se précise. Il faut revenir au présent. La vie reprend ses droits. Ahmed, ce chauffeur découvert par hasard, astucieux et sympathique, ne perd pas de temps. Avant que la circulation ne devienne impossible, il nous emmène à Saqqarah où nous attend Alain Zivie, jeune chercheur du CNRS, inventeur de la tombe du grand vizir Aper-El, de la XVIIIème dynastie. Il a découvert toute une nécropole de chats momifiées, et un peu plus tard, une tête de femme en bois peint de couleurs vives, très belle, rarissime. Et, tout récemment la tombe de la nourrice de Toutankhamon. Saqqarah, c’est, en bordure du désert de Lybie, sur un plateau brûlant, une immense ville des morts, domaine du sable et du soleil où se dresse la plus ancienne pyramide, celle du pharaon Djeser, premier monument funéraire construit en pierre par le génial architecte Imhotep. Là se situe le Serapeum, mis au jour par Mariette. Tombes, mastabas, fresques admirables, il faut des heures pour visiter Saqqarah. Pas mal de découvertes sont en permanence fermées au public. Malgré chaleur et fatigue, ne pas abandonner : le bakchich fait souvent office de sésame. Et se fier plus à un bon ouvrage écrit sur le sujet, qu’aux guides de hasard, qui, moins soucieux de votre culture que de gagner sur vos achats, abrègeront votre visite. Le grand égyptologue français J.PH Lauer à qui l’on doit la reconstitution du complexe du roi Djeser (il y travaille depuis plus de 60 ans) vient de faire une toute nouvelle découverte : deux pyramides de plus de 4000 ans, enfouies dans le sable, de quinze mètres de haut, qui auraient été dédiées à la famille de Pepi Ier (6è dynastie). Bref, une visite à Saqqarah se prépare. Un coup d’oeil ému au colosse Ramses II couché dans l’herbe, et nous voici, à deux pas de là , au rendez-vous du Dr Ragab, à l’île Jacob. Cette île est devenu la réserve de papyrus d’Egypte grâce à cet homme tenace qui a refusé‚ de voir disparaître la plante de son pays. Voici 25 ans, il ne restait plus qu’un pied, offert au Caire par… le jardin des plantes de Paris! Et la souche provenait de Syracuse! Dans cette réserve, le Dr. Ragab a eu l’idée de créer une sorte de musée vivant à travers un village pharaonique, tableau de la vie d’il y a 5000 ans, avec ses fellahs, ses outils primitifs, ses ruchers et ses pigeonniers chaulés, si particuliers, et qui demeurent encore la tradition. Et toute sa mythologie. Toute cette paysannerie, nous la retrouverons aux environs du lac Karoum,vers le Fayoum, séduisante oasis au milieu des sables, assez à l’écart du tourisme traditionnel. La route qui y mène traverse le désert. Le khamesin s’est levé, charriant une poussière impalpable qui efface la piste et s’infiltre partout.

Derrière nous les pyramides s’imbriquent en une seule masse géométrique posée au bord du ciel. Un univers de cailloux. Personne. Rien que le vide pendant d’interminables kilomètres. Et tout au loin, un mirage. Mais un mirage qui se rapproche! des arbres, de l’eau courante, une campagne verte, du « bersim »(c’est le trèfle)à l’infini. Des fillettes rieuses à la fontaine. Un véritable paradis! On moissonne. C’est à la faucille. On bat le blé‚ au fléau, et on le lance au vent qui séparera la paille du grain. Le buffle aveuglé tourne dans la noria. Rien n’a changé‚ ici. Insolite, surprenant, s’étale le lac Qaroun, qui ressemble à une mer grise et écumeuse, et lance des embruns salés sous les assauts du vent. Les enfants sur la grève, ramassent de minuscules coquillages dont ils feront des colliers. Les barques vivement colorées s’entrechoquent à la chaîne. Ce lac est peu profond- 4 à 5 mètres, pas plus- et de l’autre côté se situent les ruines de Dimeh. Une petite auberge -où l’on mange bien- organise la traversée. Retour au Nil par Beni Suef, Sennouris, joli village perché sur une colline, et El-Fayoum, ville grouillante, encombrée de charrette, d’ânes, et de voitures, très charmante malgré toute sa poussière. Le musée vaut qu’on s’y arrête. Dans les environs proches, quelques pyramides difficiles à visiter : la pyramide d’Amenemhat III, de Sesostris II, de Meidoum. Dans les villages de superbes pigeonniers hérissés de perchoirs, ressemblant aux pylônes des temples. Ce sont « les châteaux de pigeons » ces oiseaux « qui dévorent l’Egypte et n’appartiennent à personne » écrivait un voyageur en I869…

Des garçonnets ramènent leurs troupeaux de gamouses abandonnés des pique-boeufs, tandis que le soir descend avec une grande douceur. Longeant le Nil au petit matin, c’est toute une vie familière que nous surprenons: les villages se succèdent, reflétés dans l’eau où déjà lavent les femmes la vaisselle et le linge. Plus haut, c’est un homme qui étrille son cheval, brosse à la main et tous deux immergés jusqu’au cou. Plus loin encore, c’est une charogne gonflée qui dérive au fil du courant. La route est surchargée de camions, de charrettes, de transports brinquebalants . Chacun va au travail, les hommes aux champs, les enfants à l’école… Les fellahs tirent l’eau à l’aide de la sakieh et du chadouf. Sous des abris de paille on se désaltère aux cruches municipales, remplies tous les matins d’eau fraîche. Traversant le Nil à Mallaoui par le bac, on peut voir l’étendue désertique qui fut la merveilleuse Tell al Armana, construite par Akhénaton, époux de Néfertiti, instigateur de la religion du dieu unique et solaire Aton. Non loin se trouve les carrières d’albâtre. Ici, la vallée se rétrécit entre les montagnes, et le soleil sombre vite dans un paysage or et rose, vert sombre et violet. « La sécheresse absolue de l’atmosphère produit des tons d’une couleur et d’une délicatesse sans pareille; les matinées et les soirées sont ravissantes » écrivait Renan.

A Assiout commence la Haute-Egypte. Grande ville universitaire, Assiout était le point d’arrivée des caravanes venues du Soudan apporter les épices, les ivoires, les parfums et les plumes d’autruches. Elle reste un marché et un centre artisanal très vivant. C’est ici, dans la tombe de Nesehti, gouverneur militaire, qu’on découvrit quantité de petites figurines de bois représentant les compagnies d’infanteries lourdes et légères, armées de pied en cap, qu’on peut admirer au musée du Caire. 335km nous séparent de Louxor. Nous découvrons Abydos, le temple de Sethi Ier, aux admirables fresques; Denderah, dédié à Hathor déesse de l’amour. Nous jouons aux dominos avec le patron du petit café en buvant des cocas. Nous rions de voir les enfants tous nus et luisants plonger et s’ébattre dans le Nil. Louxor est superbe. On y rêve et on y flâne. L’artisanat traditionnel est séduisant. Le vieil hôtel « Old Winter » a conservé un peu de son charme britannique. Après le son et lumière de Karnak, nous retrouvons l’équipe fran‡aise qui, sous la houlette de J-C Golvin, travaille au IXème pylône, dont on sait qu’il était constitué de « talata », blocs de réemploi, provenant des constructions du pharaon réformateur Akhenaton. Un travail passionnant et considérable dont le superbe petit musée de Louxor donne un bon aperçu. Tandis que la foule s’empile à l’entrée de la tombe de Toutankhamon où ne reste plus grand chose à voir, nous nous glissons dans les plus secrètes: Sethi Ier, Aménophis II, Thoutmosis III, sobres et superbes. Mais nous reviendront sur cette rive des morts plusieurs jours de suite, tant sont belles et émouvantes les diverses expressions de cette éternité. Du haut de la montagne thébaine, le paysage s’étend, immense, jusqu »au Nil verdoyant. En contrebas, le Deir-el-Bahari, temple créé par Senmout pour la reine Hatchepsout.

Intégrée à la falaise, il est d’une harmonie parfaite. Assis en compagnie de Souhad sur le pas de la porte de sa demeure nous contemplons le soir qui tombe. Nous sommes à Nagada, village copte, habité par des menuisiers et des tisserands. Notre hôte ressemble à Joseph et sa femme à Marie. Une atmosphère très biblique se dégage de cette pièce calme, où trône l’établi, sous l’image de la Sainte Famille, tandis que ronronne le métier qui tisse de larges bandes de soie rose, noire et jaune d’or, souples et brillantes destinées au Soudan. Plus tard ce sera Assouan. Et son fort beau petit musée des antiquités nubiennes. Avec Farouk nous visiterons les îles, dont l’Eléphantine où nous prendrons le thé‚ dans sa famille. Le soir, après l’exquise balade en felouque, tandis que le rose vibrant envahit peu à peu le ciel et tourne à la nuit noire, nous partagerons la fête locale et les falafels. Puis ce sera Abou Simbel, d’un coup d’aile, et ses deux temples inoubliables, bouleversants dans cet immense désert, où, plus bas s’étale le lac Nasser, immense retenue d’eau douce qu’entoure le désert: pas un arbre, pas un village, pas une miette de végétation, on se demande pourquoi…Dorment ici, au fond de l’eau, trente trois villages nubiens, dont les hommes autrefois pasteurs paisibles et heureux sont aujourd’hui serveurs dans les hôtels un peu partout. Il faut absolument s’arranger pour passer au moins une nuit à Abou Simbel. L’avion qui emmène et ramène sa fournée de touristes toutes les deux heures vous accorde très peu de temps. Tout se fait au pas de course, et c’est insupportable. Nous restons loin derrière les autres afin de voir ces temples dans leur totale solitude, dorés par la lumière. Quelque chose d’indicible.

Chantal de Rosamel
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